Andropause ou Érotopause ?

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Le terme d’andropause est relativement récent, il apparaît pour la première fois dans la langue française en 1952, un an après le mot androgène qui désigne les hormones masculines. Il est assez récent dans le temps, mais très ancien dans la conception. En effet il a été formé sur le modèle de la ménopause, laissant à penser qu’il y aurait une andropause chez les hommes comme il y a une ménopause chez les femmes, c’est à dire une modification et un arrêt des hormones sexuelles. Si la ménopause est aujourd’hui bien connue, car elle correspond à l’arrêt de la fonction reproductrice chez la femme, l’andropause a été très souvent remise en question car on ne retrouve pas de façon systématique chez les hommes un déficit des hormones, une réduction ou un arrêt de la sécrétion de la testostérone. Andropause : mythe ou réalité ?

La baisse progressive de la testostérone chez l’homme est une réalité reconnue, qui est normale et ne constitue en rien une pathologie. C’est ce que l’on appelle l’hypogonadisme masculin. Cette diminution commence dès la trentaine, elle est d’environ 1/% par an mais contrairement à la réduction brutale des hormones féminines lors de la ménopause, la variation masculine est très lente et progressive avec cependant des variations individuelles. Certains hommes auront ainsi un taux de testostérone quasi identique tout au cours de leur vie, jusqu’à 80 ans par exemple, d’autres pourront avoir un taux plus faible et certains très bas. C’est ainsi que l’on a parlé de PADAM (déficit partiel en hormones masculines) mais plus d’andropause, notion aujourd’hui dépassée. Seulement 10 à 15 % des hommes connaissent en effet un affaiblissement de la testostérone nécessitant un traitement.

Andropause ou érotopause

Le signe le plus marquant du déficit en testostérone est très certainement la baisse de la libido : « Je n’ai plus de désir », « je ne ressens plus aucun besoin », « ça ne m’intéresse plus ! »… Cette baisse de la testostérone s’accompagne en général aussi d’une baisse de la forme physique puisque cette hormone sexuelle masculine est l’élément indispensable à l’augmentation de la masse musculaire. C’est pour cela que les sportifs dopés à la testostérone font de meilleures performances !

Si la baisse de la testostérone peut être la cause de la baisse de la libido et de l’affaiblissement du désir sexuel, elle peut en être aussi la conséquence, c’est à dire qu’une réduction notable de l’activité sexuelle (ou son interruption) amène l’organisme à réduire la sécrétion d’une hormone qui lui semble moins utile. Cette baisse hormonale peut ainsi n’être le reflet que d’une interruption de la sexualité souvent due à l’évolution des habitudes sexuelles au fil des ans et notamment à la disparition progressive de l’érotisme dans le couple.

Érotopause

Au centre de l’activité sexuelle, nous trouvons l’excitation et l’érotisme qui en sont le « carburant » ! En effet, si la sexualité est progressivement apprise au cours de la maturation (enfance et adolescence) elle est ensuite entretenue par l’érotisme qui pourrait se définir comme la façon de susciter et de maintenir le désir du partenaire. En l’absence d’érotisme, la sexualité s’espace, s’étiole et parfois même s’arrête au milieu de la vie. C’était le lot courant de la plupart des hommes et des femmes des générations précédentes qui connaissaient peu l’érotisme et vivaient surtout une sexualité fécondante, c’est à dire pour avoir des enfants. Pour la  majorité de nos grands parents ou arrières grands parents, la sexualité était réservée à la jeunesse du couple puis en général elle s’espaçait et s’interrompait au cours de la vie, d’abord pour des raisons contraceptives (Il n’est pas rare, lorsque l’on va dans des maisons de famille, que l’on puisse nous dire : « Ici c’était la chambre du grand-père et là de la grand-mère ») car l’éloignement des partenaires permettait aussi d’interrompre la fécondité. Il y avait ensuite fort peu d’érotisme dans les couples, surtout pour les femmes que l’éducation traditionnelle ne préparait pas à vivre une sexualité épanouie.

C’est une toute nouvelle situation que nous vivons aujourd’hui, au début du 21è siècle, avec la libération des mœurs et des comportements qui est la nôtre, et le désir pour tous nos contemporains, de quelque génération que ce soit, de vivre le fantasme occidental contemporain d’un couple amoureux de longue durée. Cela ne s’est presque jamais réalisé auparavant car la durée du couple amoureux était souvent très courte et celle de sa sexualité également. C’est également pour cette raison que les couples actuels ont des difficultés à se pérenniser à très long terme sous cette forme.

L’un des grands obstacles à la durée du couple amoureux sous sa forme passionnelle est celle de la permanence de l’excitation. En effet, si l’excitation sexuelle est spontanée et « naturelle » à vingt ans, il faut par la suite l’intelligence des deux partenaires pour la mobiliser, la susciter, l’entretenir, la rendre permanente. Car l’excitation est au centre de la sexualité : sans excitation pas de rapport sexuel facile, mais sans séduction peu d’excitation !

Les solutions ?

Les solutions à l’excitation permanente sons certainement du côté de l’érotisme, qui n’est en rien une recherche de pratiques intimes, de lingerie ou de froufrou ! L’érotisme est une recherche du désir chez le partenaire, une tension d’intérêt vers le lien qui unit les deux amants. C’est ainsi qu’il existe un érotisme culinaire, un érotisme relationnel, un érotisme de tous les jours pour permettre cet entretien du désir. Alors l’excitation sera présente et la sexualité suivra.

Si l’érotisme se conçoit naturellement dans les débuts d’un couple, ensuite le désir s’émousse assez rapidement et la séduction n’est plus au rendez-vous. C’est au milieu de la vie, entre 40 et 50 ans, que cet affaiblissement se remarque le plus et que l’on en cherche d’abord des causes physiques, notamment une baisse des hormones sexuelles. Mais, plutôt que d’andropause, je parlerais d’une érotopause qui se traduirait par la réduction progressive des signaux d’excitation de l’un envers l’autre. Et cette érotopause est bien plus fréquente qu’un déficit des hormones. C’est elle qui altère la nature amoureuse de la plupart des couples : la routine, les habitudes, l’élevage des enfants, le rythme de la vie urbaine, toutes conditions qui s’opposent aux étincelles que nécessite l’amour. La vie régulière est ainsi très certainement le plus important des facteurs « tue l’amour ». A l’opposé, le lien amoureux nécessite surprise et découverte, des attentions qu’on a depuis longtemps oubliées,  un changement dans les habitudes, une nouvelle tendresse, un nouveau couple… avec la même personne. Un remède à cette érotopause pourra ainsi être, tout simplement, une nouvelle découverte du conjoint et la reprise de la séduction, si le couple en a encore les ressources. A nous donc d’inventer chaque jour un couple nouveau.

Par Philippe Brenot, Psychiatre et anthropologue, Directeur du DIU de sexologie, université Paris 5

A lire : Philippe Brenot, Inventer le couple, Odile Jacob, 1998.