Dr. Jean-Charles Thérésy : La prise de poids à la ménopause

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Entretien avec Docteur Jean-Charles Thérésy,
Nutritionniste Diplômé d’université de diététique
Nutrition chimique et thérapeutique

Femmes pour toujours : Aborder le problème du poids à la ménopause implique nécessairement de ne pas évoquer que la nutrition, mais aussi l’hygiène de vie en général, car la stabilité pondérale à cet âge ne passe pas que par la diététique, mais également par l’activité physique.

Dr. Jean-Charles Thérésy : Plus qu’une augmentation brutale du poids, ce qui marque d’abord les femmes est une modification subite de leur ligne : le corps change, la taille s’épaissit, et les bourrelets de graisse s’installent au niveau de l’abdomen. Le premier « instrument de mesure » est représenté par les vêtements dans lesquels on n’entre plus, bien avant que la balance n’indique une variation notable du poids.

Les centimètres, donc avant les kilos….
D’ailleurs, si l’on se penchait précisément sur les chiffres, on constaterait une augmentation relativement linéaire du poids chez les femmes entre 20 et 60 ans, sans qu’il n’y ait d’élévation brusque de la courbe de poids au moment de la ménopause.

Cinq éléments peuvent venir expliquer pourquoi, néanmoins, c’est à cet âge que les demandes d’amaigrissement sont les plus fréquentes.

1/ Beaucoup de femmes de 50 ans (8 sur 10) voudraient avoir le même poids qu’à 30. Or, elles ont plus de mal à perdre que les hommes. En effet, la graisse gynoïde des femmes avant la ménopause, répartie sur la partie inférieure du corps (fesses et cuisses), est plus difficile à perdre que la graisse androïde de ces messieurs, répartie sur la partie supérieure du corps (abdomen et thorax), répondant aux doux noms de « bedaine », « brioche », ou gentiment « petit bidon ». Gentiment à tort, car plus dangereuse médicalement. Ce qui représentait un atout pour la survie et la reproduction de l’espèce en période de disette est devenu un inconvénient en ces temps d’abondance alimentaire.

2/ C’est en général à cette période que l’indice de masse corporelle, ou IMC, dépasse les limites de la normale. L’IMC se calcule en faisant le rapport du poids sur le carré de la taille :
– Poids normal : IMC compris entre 18 et 25.
– Surcharge pondérale : IMC compris entre 25 et 30.
– Obésité : IMC supérieur à 30.
– Obésité massive, voire morbide : IMC au-dessus de 35.
L’augmentation relativement linéaire du poids chez la femme entre 20 et 60 ans se traduit souvent par un IMC qui commence à flirter autour de 25 à partir de la cinquantaine. Il est donc assez logique de s’en inquiéter dès ce constat, car ces valeurs marquent le début  d’une réelle surcharge de poids.

3/ Comme on l’a vu précédemment, c’est souvent la modification de la topographie des graisses qui amène les femmes à consulter, bien plus que leur poids. Ceci est dû aux modifications hormonales liées à cette période de la vie, caractérisées à la fois par une diminution de la sécrétion des œstrogènes et de la progestérone, car il y a:
– Appauvrissement folliculaire dans l’ovaire,
– Persistance de la sécrétion des androgènes, bien sûr moins importante que chez l’homme, mais qui existe aussi chez toutes les femmes, notamment au niveau des glandes surrénales.
C’est ce déséquilibre, et pas uniquement la carence œstro-progestative, qui est à l’origine de la modification de la répartition des graisses, de l’insulinorésistance, et de l’hyperinsulinisme : il faudra plus d’insuline pour faire pénétrer le glucose (carburant indispensable) dans la cellule. Quand on sait que l’insuline favorise le stockage des graisses (lipogenèse) et s’oppose à son déstockage (lipolyse), on comprend l’inconvénient de l’hyperinsulinisme.

4/ La cinquantaine est marquée par une diminution du métabolisme basal. La dépense énergétique est moindre : même en mangeant de manière identique, on brûle moins ce que l’on ingère. On voit donc assez clairement que, hélas, une alimentation trop riche ou abondante n’est pas la seule cause d’une prise de poids ce qui est souvent vécu comme une injustice et une trahison du corps. C’est d’ailleurs fort de ce constat que l’on conseillera l’activité physique, permettant une dépense énergétique accrue. La nutrition seule ne peut donc en général pas suffire à traiter et à stabiliser le poids en période de ménopause. Il peut être réconfortant pour les femmes de savoir que ce constat concerne aussi les hommes : la diminution du métabolisme de base n’est
pas spécifique de la ménopause, mais de l’âge.

5/ Enfin, indépendamment de toutes considérations hormonales ou métaboliques, la ménopause correspond à un moment de la vie d’une femme marqué par de profonds changements, et les virages ne sont pas toujours évidents à prendre :
– Les enfants sont grands, deviennent indépendants, rentrent moins à la maison, en même temps que le mari qui du fait de son parcours professionnel, est lui aussi souvent absent. Il en résulte des repas moins structurés, des grignotages plus fréquents pour combler une solitude nouvelle qui est parfois vécue comme un abandon, avec des compulsions pour le sucré, jouant le rôle de refuge, de réconfort, et d’un peu de douceurs dans ce monde d’ingrats…
– Les bouffées de chaleur sont difficiles à vivre, tant physiquement que moralement, se traduisant par des nuits sans sommeil. Les femmes deviennent plus fatiguées, donc plus vulnérables et sujettes à une compensation alimentaire dans le but, malheureusement illusoire, de se «défatiguer » ou au moins de tenir le coup.
– L’âge s’installant, l’activité physique peut être rendue plus difficile, favorisant ainsi la sédentarité.
– En outre, il est à cet âge grand temps de prendre sa santé au sérieux, et par exemple de décider d’arrêter de fumer, avec les conséquences prévisibles que l’on sait sur la courbe de poids. Ainsi est-il primordial pour le médecin nutritionniste de savoir écouter ces femmes, très souvent en plein désarroi face à ce corps qui change et semble les trahir, à une période de leur vie déjà assez mouvementée.

Avant de parler de diététique, il conviendra de leur expliquer les nombreuses raisons physiologiques de ce changement, afin de ne pas les faire culpabiliser et de leur expliquer que ce n’est pas de leur faute.

Enfin, il faudra faire passer le message suivant : on peut y remédier, il n’y a pas de fatalité, et même si tout ce qui leur arrive est physiologique, il y a moyen de pallier ces inconvénients en se prenant sérieusement en charge sur plusieurs niveaux, diététique, physique et psychologique.


Livre : Le régime hyperprotéiné

À LIRE :

Le régime hyper protéiné,
Dr Jean-Charles Thérésy, Éditions ALPEN