Rôle des hormones : Pr Etienne Emile Baulieu

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Entretien avec le Professeur Etienne Emile BAULIEU

Professeur au Collège de France,

Directeur de thème de recherche à l’unité 488 de l’Institut National de Santé et Recherche Médicale (Stéroïdes  et système nerveux)

 

Femmes pour toujours: Quel est le rôle des hormones ? Et tout d’abord qu’est ce qu’une hormone ?

Pr Etienne Emile Baulieu: Une hormone est une substance qui, secrétée par une glande et véhiculée par le sang, agit à distance sur différents organes cibles.

Les ovaires sécrètent :

– les estrogènes dont le principal représentant est l’estradiol

– la progestérone qui est secrétée en deuxième partie du cycle

– des hormones mâles petites quantité

L’hypophyse, qui est une petite glande située à la base du cerveau, sécrète de nombreuses hormones, en particulier celles qui contrôlent la synthèse des hormones de l’ovaire. Une fois sécrétée par les cellules de la glande, l’hormone est déversée dans le sang. C’est par la voie sanguine qu’elle va atteindre son objectif qui peut parfois être situé très loin de la glande sécrétrice.

 

Femmes pour toujours: Alors comment va agir une hormone ?

Pr E.E. Baulieu: Essentiellement au niveau de certains tissus et organes appelés organes ou tissus cibles. C’est grâce à la présence dans les cellules des tissus cibles d’une protéine, appelée récepteur hormonal,  que l’action d’une hormone s’effectue. Chaque hormone sécrétée par l’organisme a son récepteur spécifique (récepteurs aux estrogènes, à la testostérone, à la progestérone etc.). Une hormone circulant dans le sang sera tôt ou tard capturée par le foie et détruite par cet organe, fort heureusement d’ailleurs car s’il n’exerçait pas cette fonction, l’hormone circulerait et s’accumulerait indéfiniment dans l’organisme provoquant une surcharge hormonale.

Dès la puberté les ovaires entrent en fonction et l’activité ovarienne se caractérise par une sécrétion cyclique d’hormones ponctuée par une ovulation survenant vers le milieu du cycle menstruel et s’achevant par les règles ou une grossesse. Le début du cycle correspond au développement d’un follicule ovarien qui se renouvellera à chaque cycle. Ce follicule est une petite formation arrondie formée par un amas de cellules entourant l’ovocyte. Ces cellules se multiplient et sécrètent les estrogènes.

En milieu de cycle, la sécrétion d’estrogènes atteint le maximum, le follicule se rompt et l’ovule en sort. Il sera capturé par les franges du pavillon de la trompe reliant l’ovaire à l’utérus et cheminera dans celle-ci. C’est là qu’il sera éventuellement fécondé par un spermatozoïde. L’œuf ainsi formé arrivera à l’intérieur de l’utérus où il s’implantera ou non. S’il n’y a pas eu de fécondation, l’ovule disparaîtra.

Dans tous les cas, le follicule qui s’est ouvert pour laisser sortir l’ovule se transforme en   » corps jaune  » au sein de l’ovaire. Ce corps jaune continue de sécréter des estrogènes ainsi qu’une deuxième hormone : la progestérone.

A la péri ménopause, le capital folliculaire de l’ovaire s’appauvrit et provoque des perturbations hormonales. La diminution de sécrétion d’estrogènes provoque un accroissement de sécrétion de gonadostimulines de l’hypophyse, ce qui peut entraîner d’abord un excès de sécrétion des ovaires, puis une période de diminution, puis une nouvelle sécrétion, ainsi de suite.

L’ovulation  devient inconstante ou absente ; le corps jaune ne se formant plus ou de façon sporadique, la sécrétion de progestérone est à son tour défaillante puisque c’est lui qui la sécrète.

C’est ce qui explique les troubles vasomoteurs (bouffées de chaleur, transpiration nocturne etc.) et les perturbations des règles.

A la ménopause, l’ovaire ne contient pratiquement plus de follicules et la production d’hormones se tarit et l’ovulation s’arrête. Il persiste parfois une discrète sécrétion hormonale ovarienne variable selon les femmes ce qui explique pourquoi certaines auront plus de troubles que d’autres.

Les ovaires continuent aussi à sécréter de petites quantités d’hormones mâles créant un déséquilibre entre les taux des hormones féminines, les estrogènes effondrés et celui des hormones mâles secrétées en faible quantité par les ovaires et les glandes surrénales.

La ménopause  se caractérise donc par une carence permanente et définitive des sécrétions d’estrogènes.

Le traitement hormonal de la ménopause est destiné à restituer des taux analogues à ceux des plus jeunes femmes.